Partager sur:

Directeur Technique Adjoint, spécialiste de la préparation physique des Sélections nationales, Jean-Claude Kouassi Yobouet parle de la prise en charge athlétique en cette période de suspension prolongée des championnats et d’arrêt des entraînements. Le technicien se prononce sur l’impact de cette situation d’exception sur les footballeurs.

Entretien

La question de la préparation physique est plus que jamais d’actualité avec l’arrêt prématuré des championnats. En tant que spécialiste, que revêt cette notion?

Lorsqu’on parle de préparation physique, on évoque le développement des qualités athlétiques de l’individu. Donc il y a un processus d’entrainement qui va s’occuper des aspects énergétiques et psychomoteurs du joueur. Il faut savoir ce qu’englobent ces deux réalités avant d’en déterminer l’impact de cet arrêt forcé sur les joueurs de nos championnats.

Que faut-il donc retenir de ces deux notions?

L’aspect énergétique comprend l’Endurance Aérobie, la Vitesse et la Force. Ce que l’on appelle souvent simplement « Endurance » concerne les paramètres de la VO2max. Exprimée en millilitre, par minute et par kilogramme (ml/mn/kg), la VO2max est la consommation maximale d’oxygène lors d’un effort. Celle-ci est atteinte lorsque la VMA (Vitesse Maximale Aérobie) est également atteinte. L’objet principal du développement de l’Endurance Aérobie, consiste donc au développement de la VO2max, c’est-à-dire le degré optimal de la condition physique.

Qu’en est-il  de l’aspect psychomoteur?

Concernant l’aspect psychomoteur, l’on parle de psychomotricité. Expliqué simplement, il s’agit de la qualité de coordination et la précision des gestes sportifs. Cela passe d’abord par le traitement des informations reçues par le joueur dans les actions de jeu et des réponses motrices (techniques et tactiques) qu’il va donner.

Quel effet induit cette suspension des championnats avec le coronavirus ?

Les arrêts des entraînements et des compétitions vont avoir par conséquent, une incidence immédiate sur ces deux aspects de la condition physique. Un arrêt de 15 jours peut induire une perte de 15 à 30 % de ces qualités-là. Alors oui, cette suspension a une incidence certaine et indéniable sur la condition physique des joueurs.

Comment les équipes doivent maintenir la forme de leur joueur ?

Il n’y a pas de magie pour entretenir la forme d’un joueur. Seul l’entraînement permet de le faire. Logiquement un programme d’entrainement devrait être donné à chaque joueur en fonction de ses capacités connues par son préparateur physique. Si ce n’est pas le cas, il est donc important que chaque joueur soit responsable et se prenne en main physiquement en dehors de son club.

Que doivent faire les joueurs concrètement ?  

Faire des courses à une allure d’Endurance Capacité (75 à 85% de sa VMA). C’est-à-dire trottiner entre 45 minutes et une heure. Le faire 3 à 4 fois par semaine est important. Le joueur peut aussi faire un travail fractionné c’est-à-dire après un échauffement, accélérer sur le sens de la largeur d’un terrain de football et trottiner dans le sens de la longueur pendant 20 à 25 minutes peut l’aider à entretenir sa forme. Il y a aussi une 3e alternative.

Laquelle?

Le joueur peut également faire un travail intermittent une fois par semaine en plus s’il connait sa VMA. Il s’agit pour le joueur d’accélérer durant 10 secondes, récupérer pendant 10 secondes et refaire la même chose en deux fois 5 minutes ou 6 minutes peuvent être intéressant. Il peut le faire en 15 secondes / 15 secondes, sans rentrer dans les détails de sa mise en pratique. Un joueur qui applique chacune de ces méthodes au moins une fois dans la semaine perdra moins vite sa condition physique et gardera ses capacités énergétiques.

Faut- il faire des séances spécifiques à chaque poste ou juste entretenir la forme ?

On n’entraîne pas un gardien de but comme un attaquant. De même que le latéral n’est pas un milieu de terrain. Il faut par conséquent tenir compte des postes dans les entrainements techniques et tactiques. Cependant, pour le travail athlétique, c’est plutôt un travail individuel qui devrait être préconisé. Il s’agira de développer en particulier les qualités physiques de chacun des joueurs pour qu’il soit efficace en match.

En cas de reprise des championnats, la condition physique des joueurs sera-t-elle déterminante dans le résultat final ?

Oui évidemment, la condition physique des joueurs sera un élément primordial dès la reprise du championnat. Pour la simple et bonne raison qu’un match de football se gagne techniquement, tactiquement, psychologiquement et surtout physiquement. Si on ne maîtrise pas l’aspect physique, c’est-à-dire que si l’on n’est pas prêt physiquement, il est difficile pour le joueur de répéter les efforts. Il perd sa lucidité, rate ses gestes techniques, commence à douter et à perdre ses moyens. Du coup, à cause de la fatigue, son apport à l’équipe s’amenuisera, il deviendra progressivement une faille. Donc, oui, l’état physique des joueurs au moment de la reprise sera très important.

Faut-il envisager une trêve de combien de temps après cette pandémie pour reprendre la compétition ?

Normalement, après une saison, la préparation de la saison suivante dure 4 à 6 semaines. Cela permet aux équipes d’avoir une préparation physique générale, spécifique puis orientée. Je pense que quand on a eu une semaine d’arrêt, on devrait avoir 2 semaines d’entraînement avant un match de compétition, mais cela reste théorique. C’est ce qui se passe normalement dans les mini-trêves, généralement en fin d’année ou après la première phase de championnat. Sauf qu’ici, cet arrêt est exceptionnel, pas programmé et jamais vu auparavant. Donc les entraineurs devraient s’adapter à cette situation exceptionnelle lorsque la fédération fixera les dates de reprises.

Source : Supersport

I.T.